mardi 14 novembre 2017

Réflexion sur la vie, la bande dessinée, et tout le reste. OU la métaphore du roseau


Alors que depuis quelques mois, au moment même où je réfléchissais sérieusement à arrêter tout simplement de dessiner, puis, plus récemment, à arrêter de chercher à faire de la bande dessinée (oui, dans cet ordre. J'avais remis le pied à l'étrier pour la partie dessin au commencement de ce blog), ma vie professionnelle dans cet univers s'est mise à se dessiner de mieux en mieux et de plus en plus vite, de façon relativement soudaine et surtout très inattendue.
Je crois voir alors des rouages se mettre en route, il est possible que je regarde la machine s'emballer sans bien comprendre ce qui est en train d'arriver, je me questionne sur cet avenir incertain, sur la vie en général, sur ce que je veux faire de la mienne, et par la même occasion, reçois des conseils de toutes part -bienveillants ou non, demandés ou non, reçus de la part d'amis...ou non- qui me poussent à m'arrêter une seconde, à défaut de pouvoir arrêter le temps, pour faire un point rapide sur tout cela.

C'est un moment un peu bizarre que je traverse là tout de suite. Un peu dans la quête (encore) de soi, l'errance, partagée de stress, à ne pas trop savoir qui suis-je, ou vais-je et à me sentir mal par rapport à ce "travail-passion" et ce que les gens veulent qu'on en fasse, au statut qu'ils attendent que l'on tienne; cette façon d'être, en mode hyper carré, et, plus qu'hyper investi, hyper consacré à ce métier.
Et tout cela pour des raisons diverses et variées selon les personnes, des raisons qui appartiennent à chacun, mais bien souvent (sans doute trop souvent) guidées par la peur; essentiellement la peur du manque d'argent, qui régit tout, et je ne peux que me dire de prendre mes distances avec ces discours, et d'en rester ensuite éloignée, afin de ne pas être contaminée par cette fièvre d'angoisse et de terreur, qui amène à revoir toute ambition à la baisse, qu'elle soit dans le bonheur qu'on attend de la vie, du plaisir, des risques qu'on prend, et tout simplement de tout son confort (je parle du confort intérieur, celui de se sentir bien dans sa tête, en accord et en phase avec ses choix et sa vie, pas celui qui veut qu'on s'achète une télé à 800 balles avec un iPhone dans une main, une tablette dans l'autre, le tout installé dans son tout nouveau salon Ikea), de près ou de loin.

Cette peur, camouflée, grimée sous le masque de la Raison, qui corrompt et efface tous les rêves, pour aller se terrer dans la sécurité molle et bornée, complétement enclavée.
Travailler plus pour prétendre à une ébauche de salaire décent et s'auto-rendre rentable. Accepter n'importe quelle condition et n'importe quel travail, qu'il nous plaise ou non, pour viser le projet suivant, pour se faire un nom, pour se faire une place. Et une fois de plus, où est le bonheur, l'envie dans tout cela ? A s'habituer à faire des choses sans conviction juste pour avoir la sensation de gravir les échelons, sans même se rendre compte que chaque nouvelle marche, chaque nouveau choix, nous enferme dans une image toujours plus loin ou en parallèle avec notre but premier. Mais il n'y a plus le recul nécessaire pour s'en saisir et on continuera d'enchainer les projets qui nous déplaisent pour viser demain, tout en oubliant aujourd'hui. 

Où est la vraie réussite là dedans ? Celle du cœur, celle de l'âme, celle de faire les choses par envie, et de choisir avec ses tripes.

J'ai tant l'impression d'avoir sacrifié près de dix ans de ma vie, si ce n'est plus, tout cela à la suite, pour la Raison, tout cela pour constater que personne ne me donnera une médaille pour bonne conduite.
Et je m'aperçois que la vie commence à me sourire et surtout à me plaire, seulement depuis que je fais les choses en priorité avec passion.
Quelle terrible injustice, peut-t-on se dire, que celle qui récompense les insouciants et punit les gens sérieux, ceux qui bossent dur dans des métiers ou des voies qu'ils détestent et se sacrifient chaque jour. Ceux qui sont fiers de dire, d'affirmer que leur vie est plus dure et plus pleine de labeur que leur voisin. Ceux qu'on entend parler comme si chaque jour ils allaient à la mine. Ceux qui pour la plupart sont en réalité surtout les plus inquiets, ceux qui attendent qu'on les honore et qu'on les félicite un jour pour avoir eu la vie la plus droite, rigide, dure et puritaine possible.
Droite, selon les critère que l'état ou que la société leur ont imposé, non pas pour leur bien, mais pour tenir à leurs façons tout un peuple sous son joug.
La droiture de l'âme, celle qui pousse à faire ce qu'on croit juste, elle, devra repasser la plupart du temps, car bien souvent, elle va elle-même à l'encontre de cette peur panique qui pousse l'Homme à se rendre transparent et docile comme un enfant qui aurait peur de se faire taper sur les doigts au moindre faux-pas.

La métaphore du roseau me vient en tête.

Il y a environ un an et demi, alors que toutes mes routines et évidences de vie étaient en train d'éclater dans tous les sens et que je demandais à un ami plus âgé, qui avait donc selon moi sans doute plus d'expérience des transitions de vie compliquées et plus d'astuces pour s'en sortir que moi, des conseils sur le comportement à adopter pour passer cette crise existentielle et cet état mêlé de colère, de démotivation globale et profonde et de nihilisme, il m'a conseillé de "courber l'échine et attendre que ça passe, en limitant la casse".

J'ai appliqué cette méthode environ une heure et demi avant de me rendre compte que même si je voulais le faire, je n'y arriverai pas.
Sans doute parce que même avec la meilleure volonté du monde, je n'ai jamais sût me forcer à faire une chose dans laquelle je ne croyais pas un minimum (ce qui a l'art de vous rendre la vie et la quotidien assez compliqué, croyez-moi, mais qui vous oblige à souvent vous remettre sur les rails de votre propre conscience...c'est sans doute un mal pour un bien. Mais j'y reviendrai).
J'ai donc écouté mon fort intérieur, sentant que si je ne cherchais pas rapidement à comprendre et à suivre mes émotions, elles me feraient littéralement imploser un jour prochain, laissant des morceaux de moi un peu partout, à ramasser à la petite cuillère, histoire de bien me mettre face à mes réalités, que je cherche à faire l'autruche ou non.
Même si ce baptême du feu, ce Maraké comme j'aime à l'appeler, s'est parfois fait dans une violence terrible, alternant terreur, errance, solitude, incompréhension, tristesse...et encore et toujours une errance et un vide intérieur absolument terrible, où presque à chaque fois que le bout du tunnel commençait à apparaître, un nouveau chaos intérieur, sans doute présent depuis bien longtemps mais dissimulé profondément, venait se dévoiler, je ne regrette pas d'avoir fait ce chemin.
Bien souvent j'ai eu envie d'abandonner cette marche dans le brouillard, pour revenir à cette ancienne vie plus monotone mais plus rassurante à sa manière, où plutôt, plus tracée, sans surprise et pleine de certitudes et d'affirmations sur la vie, de ces dogmes qui rassurent où on pense avoir tout compris sur tout ("et que ce qui ne font pas comme nous c'est des cons"), mais même en me mettant des œillères sur les constats que j'avais fait, et même en prenant sur moi, tous les piliers qui constituaient ma vie avaient été déplacés, rendant tout retour en arrière impossible, et me laissant coincée dans un présent peu sympathique, ne me laissant entrevoir aucune évidence sur mon futur qui était devenu totalement inconnu.

Avec du recul, et maintenant que la brume se dissipe en partie, et que certaines nouvelles bases sont apparues, je ne peux que me réjouir de cet impossible retour en arrière, de ce seul choix possible d'avancer, qui force à affronter tous ses démons un par un.
Le chemin a été long, et sera sans doute encore semé de bien des embuches. Je commence à accepter que la progression et l'apprentissage ne se terminent que lorsqu'on est mort, ou qu'on cesse d'être prêt à vivre.
Première étape vers une fin de boulimie générale j'imagine, celle où on se goinfre pour être débarrassé et tranquille après.

Par constat, en faisant un bilan sur ces expériences aussi intenses qu'inconfortables, je ne peux que me dire, me rappeler, me répéter, que la peur n'évite pas le danger et que, comme quelqu'un m'a dit il y a peu : "on a toujours deux choix. La peur, ou l'amour" (l'amour correspondant ici à une sorte d'instinct profond et positif, une sorte de sixième sens qui nous guide. Appelez ça la foi si vous voulez, cette confiance et certitude dans l'idée d'une bonne étoile qui vous poussera à faire le bon choix...en gros).
La peur étant bien souvent beaucoup plus irrationnelle que ce qu'on ne veut bien croire, s'accrochant à des idées et des fantasmes de futurs que nous souhaitons imaginer tout en nous persuadant que nous avons la capacité deviner "ce qui adviendra si...", je vois de moins en moins pourquoi j'irai la suivre.

Alors comme nous allons tous mourir, et si le monde est destiné à exploser demain, déchiré par les puissants qui sont eux-mêmes gouvernés par l'argent, l'égo, et sans doute tout un tas de valeur assez crasseuses, autant consacrer le reste de nos vies à passer les moments, peut-être pas les plus agréables possibles, mais les plus authentiques possible, à suivre ce qui vibre au plus profond de nous, à avancer vers ce qui nous fait grandir et nous rend heureux, et à faire des choses que nous aimons faire (tant qu'on ne fait de mal à personne, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, j'insiste là dessus).

Personnellement j'ai trouvé, au moins en partie, les réponses à mes questions personnelles et aux orientations que je préférerais prendre et qui guideront mes choix. Pour là tout de suite, en tout cas. J'aurai peut-être changé d'avis d'ici demain car tout est impermanent.
Mais là, immédiatement, tout de suite, je me sens plus en phase avec moi-même. Et ça, pour conclure avec ma classe légendaire, je pense que c'est cool.



NB : aujourd'hui j'ai passé une chouette journée avec un être qui m'est très cher et qui a eu l'idée formidable de m'offrir des peintures aux couleurs somptueuses. Je pense que ce moment et les discussions qui ont eu lieu ce jour avec cette personne m'ont aidé à sortir ce magma qui mijotait à l'intérieur de moi depuis le festival bd de Saint Malo (et peut-être aussi depuis bien plus longtemps) et à le transformer en quelque chose d'uuunnn peu plus intelligible et digéré.
Et ça aussi c'est cool.
Et je ne peux que me dire ce soir, avec toute la guimauve dégoulinante de bon sentiment qui va avec, mais c'est pas grave, que j'ai une chance incroyable de connaître et d'avoir rencontré tout un tas de personnes fantastiques et "de belles âmes".
La beauté des rapports humains, quand ils sont sincères et remplis de bienveillance m'impressionne.

*

Aujourd'hui, ça fait neuf ans que mon grand père qui m'a appris à dessiner est mort.
Et dans un moment un peu bizarre et un peu sonné, l'esprit soudain brumeux, je ne peux que constater à quel point le temps passe vite et de façon disharmonieuse. Sans vraiment savoir quelle leçon je suis censée en tirer. Si ce n'est que la vie n'est ni faite pour être juste, ni faite pour être belle.
Alors qu'autant faire notre possible pour nous la rendre plus agréable les uns aux autres.


mercredi 25 octobre 2017

Si tu n'es pas capable de dire un mot gentil, alors ne dis rien du tout.






J'aime ces gens qui te foutent des complexes là où tu n'en avais pas.
Ca me rappelle à l'époque du lycée quand après m'être pris un râteau j'avais demandé en chouinant à mon pote Mickaël si j'étais moche, et que lui, du haut de ses 16 ans et de sa panique devant sa propre impuissance face à la détresse de ses amies et sa difficulté à parler pour dire autre choses que des conneries et blagues (même si il faut reconnaître qu'elles étaient très drôles) :
"Bah heeeuuuu...non...enfin...heu...t'es pas mooooche-moche, quoi."
Yeah, mec, toi t'es bon pour remonter le moral.

Bref, remettons dans le contexte la petite discussion ci-dessus...
Je pense que si je voulais imiter le boulet avec qui j'ai eu cette discussion, parce que de toute évidence si on l'écoute, il est persuadé d'être fin psychologue et un sacré soutient, que dis-je, un messie, pour chaque humains qui aura la chance et l'honneur de croiser son chemin, ça ressemblerai à ça :

Mais tu as tout pour toi, tu es intelligent, et...bon, t'es pas Einstein non plus, hein, on va pas se mentir.
Mais l'important c'est de participer...


Ou encore 

Ah wé, tu peins, c'est cool. Ben biensûr, c'est pas du Michel Ange hein. Non, c'est pas que c'est moche, mais...ben voilà, t'en es bien conscient, quand même non ? C'est pas avec ça que tu vas casser trois pattes à un canard, hein. Mais faut pas que tu te complexes, si tu commences à te dévaloriser sans cesse et à te comparer biensûr t'as pas fini hein.
Mais...non mais n'importe quoi, je te fais un putain de compliment et t'as vu comment tu le prends ?

Ou même

Hé salut, je sais que tu m'as pas demandé mon avis mais je vois que tu danses. Franchement...c'est pas du Beyoncé, hein. Mais t'en fais pas, te complexe pas, hein, l'important c'est d'être toi même. Mais arrêêêêête de te comparer à toutes ces nanas qui ont le sens du rythme. Ouais, toi tu danses comme un balais, mais c'est cool si ça te fait plaisir.


Je conclurai donc par le conseil de la mère de Panpan dans le film d'Art et d'essai "Bambi" (oui, je suis cinéphile.)  "si tu n'es pas capable de dire un mot gentil, alors ne dis rien du tout.", que selon moi, beaucoup de gens devraient appliquer.


Je vous laisse avec un extrait d'un spectacle de Fellag, histoire de mieux partager la référence du "cinq dans tes yeux".


Des bisous (gazou), les gens, et surtout, n'oubliez pas, vous êtes parfaits comme vous êtes. ...enfiiinnnn...vous seriez parfaits si vous changiez vos cheveux, vos yeux, votre visage entier, vos fréquentations, vos habitudes, vos loisirs, vos lectures, votre façon de marcher, vos...




mardi 24 octobre 2017

On ne naît pas femme...


La prise de conscience bien pénible de la semaine, où nous faisions un bilan, une amie et moi de tout un tas de choses qui nous sont arrivées il y a peu, ou nous arrivent, parce que nous sommes des femmes.
Et une bonne partie de la pénibilité de cette prise de conscience réside dans le constat qu'on se met dans des situations de victimes et de carpettes, toutes seules, comme des grandes.

Tout ceci fait échos au fameux syndrome de la Schtroumphette...et pour moi à trop d'autres articles que j'ai posté sur ce blog depuis sa création...

Allant de jouer à la parfaite petite femme au foyer bien sous tout rapport qui va apporter le café à Gugus, en se rendant compte, assez peu fière de nous-même qu'on vient de faire ça parce que c'est un homme, et qu'on n'aurait pas fait preuve de tant d'altruisme envers une femme.
De ce truc de prendre le pli de s'écraser ou de se la fermer quand un homme parle, riant sottement mais toujours gentiment à ses blagounnettes vulgaires et nous retenant de dire la moindre grossièreté parce que "c'est pas beau dans la bouche d'une fille".
Ca devient encore plus gênant quand il s'agit juste de dire quelque chose de futé et de pertinent et qu'on sent bien qu'on le vit mal parce qu'en tant que demoiselle -et encore plus quand ce jour là on s'est mis sur son 31 avec make up et talons assortis, on a une peur qu'on s'est auto-fabriqué (peut-être un peu aidées à la base par la société et par nos mères qui ont elles même essuyé les plâtres avant nous) et une auto-censure à l'idée de vexer l'homme si on brille, même pour un instant, un peu plus que lui.
En passant par des copines qui t'avouent qu'elles couchent par reflex mais qu'à bientôt 30 piges elles n'ont jamais vraiment fait ça par envie ou par plaisir, par la pommée qui se fait violer et ne s'en rend compte que trois semaines plus tard parce que quelqu'un lui fait remarquer que 'non, ce que tu me racontes ce n'est pas normal', avec ce reflex naturel de donner plus et de recevoir moins quand on est devant un être masculin, et de mettre cet espèce de point d'honneur a plaire/aider/satisfaire/jouer son rôle/rater sa vie ou la mettre entre parenthèses parce que cette sorte d'idée ancestrale, présente depuis Neandertal selon Françoise Héritier nous pousse à penser que nous sommes inférieures.

La claque ultime m'a été donné en entendant la journaliste Audrey Pulvar déclarer dans une émission que, selon elle, en tant que femme Noire, il était plus dur d'être une femme que d'être Noire, parce que si le racisme est mal vu, l'acceptation que la femme reste une gentille conne est assez universelle et ce quel que soit le sexe et le genre.

...La lutte avec son moi profond pour essayer de dénouer ce sac de nœuds inconscient et se débarrasser de ce propre mépris intérieur, celle avec le monde extérieur pour faire passer cette idée, et celle contre sa paranoïa agressive qui monte et qui pourrait vite ressembler au traditionnel "whow, tu dis ça parce que t'es raciste" balancé à tort et à travers de façon complètement décalé, comment ne pas finir par arriver à l'hyper féminisme misandre et agressif qui se complaît à se croire attaqué de toutes parts même quand il ne se passe strictement rien de bizarre ou de chaotique, excepté dans ses propres émotions, est lancée...
On en arrive même à balancer des "putain mais pourquoi a-t-il fallut qu'on soit nées filles ?!?" 

Hiic...ce soir je n'ai pas de solution, et je reste avec mes doutes, mes questions, mes remises en questions, mon complexe de victime sur 25 000 trucs qui me reviennent en tête qui "n'étaient peut-être pas siii normales, en fait..." et la peur de me laisser envahir par la colère, la rancœur, les amalgames et la psychose.

Bon, c'est parti, dissertation, vous avez 4 heures.


Pendant que Leonardo Di Caprio n’existait pas.



42.

Best picture ever